

Le domaine du hameau perdu
Hélène Patou
Avant-propos de Thierry Maricourt et la préface initiale d'Henry Poulaille écrite lors de l'unique édition de cet ouvrage en 1972
396 pages
16 euros
Format 11,3cm x 18,5cm
4e de couverture
Le Domaine du hameau perdu est l’histoire d’une famille paysanne flamande, vivant à Mouvaux, près de Roubaix. C’est une fresque sociale – nous vivons, dans la chair et le sang des personnages, les mutations brutales du monde paysan et celui de l’artisanat à domicile au XIXe et au début du XXe siècle – et historique.
Hélène Patou brosse le portrait d’une femme, Joséphine, aux antipodes de la paysanne archétypale. Elle manifeste un comportement autonome, est imperméable aux regards obliques des bien-pensants – elle aura dix-huit enfants, le premier à quinze ans, et trois maris –, vit ses passions sans se soucier de morale. Joséphine s’affranchit de l’ombre séculaire de l’Église qui plane sur les campagnes, prône l’envoi des enfants à l’école, à rebours des mentalités paysannes qui considèrent que la voie naturelle d’un môme est de servir de main d’œuvre gratuite dès l’âge de dix ans.
Hélène Patou nous donne à lire une belle oeuvre pour appréhender la vie réelle, authentique, d’un monde paysan en souffrance, malgré les bienfaits et les joies qu’apportent la nature, un monde qui vit au rythme des saisons, doit faire face aux maladies dévastatrices et affronter les révolutions technologiques et industrielles.
Avec un avant-propos de Thierry Maricourt et la préface initiale d’Henry Poulaille écrite lors de l’unique édition de cet ouvrage en 1972.
Militante anarchiste, néomalthusienne et écrivaine, Hélène Patou, née le 3 février 1902, décédée à Cachan le 6 février 1977.
Hélène Patou : éléments biographiques
Hélène Patou est née le 3 février 1902 à Liévin dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Sa mère, Hélène Denis, enfant de l’Assistance publique, décède alors qu’elle n’a que trois ans. Son père, Alfred Patou est chauffeur ou ouvrier mineur selon les sources, il est socialiste, sera mobilisé durant la Première Guerre mondiale. Hélène Patou est victime d’une hostilité de la part de sa belle-mère et, adolescente, elle se livre, pour vivre, à la contrebande avec la Belgique durant le conflit. Dès cette époque elle est proche des milieux anarchistes ce que son père, de retour de la guerre, n’accepte pas. Refusant le joug familial elle se marie le 26 mars 1921, à Croix, avec Théodor Goedgebuer, ouvrier tisseur belge. Elle-même travaille dans une usine textile au sein de laquelle elle a des activités syndicales. Séparée de son mari, avec lequel elle a eu une fille en 1924, elle séjourne quelques temps au sein de la Colonie de Bascon, dans l’Aisne. Une première expérience de communauté anarchiste avait eu lieu dans la même région, Le Milieu Libre de Vaux (1902-1907), à proximité de Château-Thierry, tentative qui avait périclité du fait de dissensions internes et de tendances autoritaires de la part de son fondateur Georges Butaud1. En 1911 à l’initiative du même Butaud et de sa compagne Sophia Zaïkowski2 est fondée à Bascon une Colonie naturiste et végétalienne. L’ouvrage de Tony Legendre3 nous indique que des écrivains sont passés à Bascon, Hélène Patou et Georges Navel4. Hélène Patou, déçue, quitte cette enclave collective pour s’installer dans le Midi, au nord de Nice avec son compagnon Henri Charrodeau5 qu’elle épousera en 1956. Pour gagner sa vie elle a été modèle pour des peintres dont Matisse et Picabia. En 1936 avec Henri Charrodeau elle rejoint le camp révolutionnaire espagnol en lutte contre le franquisme, intègre la colonne Durruti durant quelques mois. Pendant la guerre et avec la proclamation du gouvernement de Vichy, le couple est surveillé, aussi s’installe-t-il dans l’arrière pays niçois, dans le village de Pélasque. Lui travaille comme charbonnier dans les forêts, elle réalise des travaux de couture pour les paysans. En 1943 elle a un fils. Quand il aura quitté le foyer pour suivre des études, elle reviendra à Paris, vivant chez Rirette Maîtrejean. Après avoir correspondu longuement avec lui, elle deviendra la compagne d’Henry Poulaille avec lequel elle vivra à Palaiseau, puis à Cachan. Cette localité ayant mis un local à la disposition de Poulaille pour qu’il puisse disposer d’un endroit susceptible d’accueillir ses archives, sa bibliothèque, Hélène Patou s’investira fortement dans l’aménagement de ce lieu. Elle est décédée le 6 février 1977 à Cachan.
Raphaël Romnée
