

Les textes de Serge Delugeard révèlent un itinéraire, celui d'un enfant ne en 1944, issu du lumpenproletariat, qualificatif auquel il tient. Cette trajectoire nous immerge clans une époque qui s'étire de l'après Seconde Guerre mondiale aux années soixante, et même au-delà, dans un espace donné, celui des quartiers populaires du nord de Paris, ou de Boulogne-sur-Mer. Les questions de survie ici évoquées, les lieux traversés, les personnes croisées, les évènements politiques et sociaux, constituent une véritable fresque humaine.
Un regard, une voix jaillie des entrailles de la société, de ces bas-fonds souvent ignorés des sociologues ou des partis, telle est la forte contribution, quasi ethnologique, que nous livre Serge Delugeard. La profonde misère, les terrains vagues, les mômes des rues, les bandes parfois, du côté de Montmartre, le soutien à la lutte anticolonialiste du peuple algérien aussi, autant de tableaux animés qui s'affichent au fil des pages sous la plume d'un autodidacte, une plume trempée à même le caniveau. L'engagement politique et ses déconvenues, la répression subie, les amères désillusions de l'adulte devenu, la souffrance, autant d'éléments qui accompagnent le parcours de l'auteur. Les mots, le verbe, semblent parfois s'extirper de la page, devenir un cri, une colère sourde jamais apaisée. Ces textes que l'on reçoit comme un uppercut font immanquablement songer aux photographies de Willy Ronis ou de Jean Marquis. Ici pas de misérabilisme, l'impact des mots tirés en rafales qui font mouche. De l'autre côté du miroir le combat jamais achevé d'un gosse, d'un adolescent, d'un homme. Une révolte permanente à défaut d'une révolution qui le soit.
Tout ça, c'est pas d'la littérature !
Serge Delugeard
167 pages
15 euros
Format 18cm x 24cm
